Enseignement privé : l’exception française

7 décembre 2009

Publié dans les « Idées en mouvement » décembre 2009
Mensuel de la Ligue de l’enseignement

Hérité de l’histoire, l’enseignement privé, catholique à 96%, est très inégalement réparti sur le territoire. De 1,5% en Creuse à 51% en Vendée et en moyenne 17% (13,5% dans le primaire, 21% dans le secondaire). Plus emblématique, 520 communes comptent une ou des école(s) privée(s) sans école publique.

Un déficit de mixité sociale et culturelle

Les établissements privés scolarisent davantage d’élèves des catégories sociales « favorisées » ou « très favorisées » avec une sous représentation des catégories sociales « défavorisées ». Les élèves de collèges publics sont 27,4% à bénéficier des bourses contre 11,3% des collégiens du privé.

Le privé concerne 5,6% des classes d’intégration scolaire du primaire et seulement 4% en collège. Il n’est présent qu’à hauteur de 10% dans les dispositifs accueillant des collégiens en difficulté. En matière d’accueil des étrangers dans le second degré, seulement 12% dans le privé avec de gros écarts en fonction de la nationalité.

De petites classes, des établissements en surnombre

Dans l’enseignement général et technologique (LEGT), 28,4 élèves par classe du public et 24,8 dans le privé. En primaire, l’encadrement est sensiblement équivalent. Pourtant, le public devant répondre à l’obligation scolaire et aux contraintes géographiques, totalise 5239 écoles à classes uniques tandis que le privé n’en dénombre que 192.

Pour les LEGT, le public dispose de 59% des établissements pour 78,5% de la population scolaire. Ce qui se traduit par 756 élèves par lycée public. Le privé quant à lui a pour 21% des lycéens 41% des établissements, accueillant chacun en moyenne 296 élèves.

Au collège, 12% des établissements privés accueillent moins de 100 élèves contre 1% pour le public. Du côté des LEGT, ils sont 16% à comptabiliser moins de 100 élèves contre 0,3% des lycées publics. Pour la filière professionnelle 43% de lycées privés ont moins de 100 élèves contre seulement 0,6% dans le public.

25,5% les LEGT privés comptent moins de 19 élèves par classe et 15% moins de 15. En lycée professionnel, 38% des classes du privé ont moins de 15 élèves par classe.

Un financement public disproportionné

Les écoles, collèges et lycées sous contrat perçoivent de l’Etat 7,727 milliards d’euros. Alors que les contraintes ne pèsent que sur le seul service public, le privé dispose de moyens en postes supérieurs au public, de classes à faibles effectifs et d’un nombre très élevé d’établissements. L’enseignement privé coûte plus cher soit 18,4% des crédits de l’Etat pour 17 % des effectifs.
Pour la taxe d’apprentissage dans le second degré par élève public : 125€ et privé : 370€. Dans l’enseignement supérieur public : 171€ et le privé : 1709€. Pour arriver à un financement équivalent, le privé devrait reverser chaque année 200 millions d’euros au public.

Au regard de l’Europe il existe bel et bien une « exception française »

Dans 27 pays du « Comité européen de l’enseignement catholique », la France se taille la part du lion : 27 % du total des élèves du CEEC, 29% des établissements.
La plupart des pays européens appliquent le principe « école publique, fonds publics/école privée, fonds privés ». Ainsi, en Pologne, en Italie et au Portugal, l’enseignement catholique (sans financement public) représente respectivement 0,90%, 3,80% et 3,70%.
Pour ce qui est de la France en revanche, la situation est loin d’être semblable…

Eddy Khaldi

Toutes les données ci-dessous sont extraites de Repères et références statistiques, septembre 2009.

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